— Centre de contrôle des missions spatiales. Zarya, vous me recevez ? Vérification de
liaison.
— Zarya, ici le capitaine Sizov. Je vous reçois. Nous sommes prêts.
— Clé de lancement. Rapport des systèmes.
— Propulsion, stabilisation, pression des circuits : tout est nominal.
— Roger. Sizov, à vous l’honneur.
— On y va.
— Centre de contrôle, Zarya en ligne. Premier étage séparé. Accélération conforme.
— État de l’équipage ?
— Stable. Vassiliev signale de légères nausées.
— Mise en orbite confirmée. Préparez la phase d’accélération.
— J’observe un fond parasite ondulant sur toutes les fréquences.
— Vérifiez l’équipement.
— Radio et télémétrie fonctionnent normalement.
— Probable activité solaire. Ignorez.
— Roger.
— Zarya, approche de la cible confirmée. Prêts pour la décélération ?
— Prêts.
— Capture d’orbite validée. Module d’alunissage ?
— Nominal.
— Roger. Procédez à l’alunissage selon le plan.
— Descente en cours. Surface en vue.
— Indiquez altitude et vitesse.
— Normales. Visibilité réduite par la poussière. Alunissage réussi.
— Félicitations, camarades ! Leonid Ilitch vous adresse ses remerciements en personne
au nom de toute l’URSS.
— Et en tant que premiers hommes sur la Lune, on n’aurait pas droit à un appartement à
Moscou, par hasard ?
— Vassiliev, cessez de saturer la fréquence.
— Excusez-moi. Sizov à l’appareil. Paramètres normaux. Les parasites augmentent, mais
la liaison tient.
— Roger. Préparez la sortie.
— Centre, nous sortons.
— On vous reçoit. Que voyez-vous ?
— Régolithe gris cendré. Un désert à perte de vue. Et… un silence absolu.
— Roger. Aidez Vassiliev avec l’équipement. Ensuite, avec Sergueïev, procédez aux
prélèvements.
— Zarya ! Zarya sur la frèquance !?
— Situation d’urgence. Vassiliev a disparu.
— Disparu où ?
— Il est passé derrière la crête et… plus rien. Comme s’il s’était volatilisée. La trace
s’arrête. Autorisation de recherche ?
— Négatif. Ne quittez pas le module. C’est clair ?
— …
— Sizov, confirmez !
— …
— Sizov !
— Je confirme.
— Attendez les instructions.
— Centre… nous avons un problème.
— Précisez.
— Sergueïev s’est endormi.
— Vérifiez les constantes vitales.
— Normales. Mais… ses yeux sont ouverts.
— Poursuivez l’observation. La question d’un retour anticipé est en cours d’examen.
— Mais…
— Sizov, suivez le protocole.
— Centre, Sergueïev tente de sortir.
— Passez-lui la communication.
— Impossible. Il dort ! Et il ouvre le sas !
— Autorisation d’usage de la force. Immobilisez Sergueïev.
— Je ne vous entends presque plus ! Les parasites sont terribles ! On dirait… un souffle
dans le micro.
— Maintenez le membre d’équipage !
— Sergueïev s’est réveillé. Il dit que Vovka l’appelle pour fumer.
— Vassiliev est revenu ?
— Je ne vois personne. Et il ne fume pas !
— Confirmez préparation au départ !
— Préparation… excusez-moi. Il enlève son gant.
— Ignorez. Préparez-vous…
— Je ne vous entends pas ! Il… il se…
— Répétez !
— Il se dévore !
— Sizov ! Répondez ! Centre appelle Zarya !
— Zarya répond. J’ai lu que les chamans sibériens croyaient que la lune est le soleil du
monde des morts.
— Zarya… que se passe-t-il avec votre voix ?
— Et pendant que la Terre dérive dans le vide, la cendre des morts s’en détache et
retombe… ici.
— Zarya, état de Sergueïev !
— Trop de silence. Je n’entends plus rien.
— Vous n’avez pas l’autorisation de quitter le module !
— Ce ne sont pas des cratères. Ce sont des bouches.
— Sizov, ordre direct ! Retournez dans le module !
— Désolé… je vais enlever le scaphandre. On l’entend mieux ainsi.
La transcription s’arrêtait là.
Stanley fixa les agents fédéraux, incrédule.
— Donc… les Soviétiques sont vraiment allés sur la Lune ?
— Ce n’est pas la question, Monsieur K. Vous n’avez pas le choix. Et souvenez-vous :
secret absolu.
— Et le budget ? Les effets spéciaux, le studio… rien que l’éclairage coûte des millions !
— Cela n’a aucune importance.
— Je ne sais pas… — Stanley leva les yeux vers la lune pâle du matin, qui lui évoqua
étrangement un œil fermé. — Ce serait plus simple d’y aller pour de vrai.
— Impossible, — répondit le fédéral avec un sourire. — Nous ne voudrions pas la
réveiller, n’est-ce pas ?
Auteur German Shenderov

